Affichage des articles dont le libellé est Le Rire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Rire. Afficher tous les articles

jeudi 15 mars 2018

Le Locomotionisme... Le Rire, en 1896 - Suite et fin...

Pour ceux qui n'auraient pas lu le début de l'article, voici le lien :
https://albert-robida.blogspot.fr/2018/03/le-locomotionisme-le-rire-en-1896.html

 LE LOCOMOTIONISME
(2ème partie : la locomotion d'aujourd'hui... et surtout... de demain...)

Le Moteur à voile perfectionné
Avec soufflerie d'orgues permettant d'accélérer considérablement la vitesse.

Omnibus sans chevaux
Inauguration prochaine de la première ligne sur les boulevards. Ingénieuse combinaison de vingt quadruplettes à deux étages, les voyageurs pédalant même sur l'impériale.

Le dernier cheval
Primé dans les concours comme viande de boucherie.

Le cycle charrue, herse, etc.
Pour les travaux des champs, adopté par toutes les usines agricoles.

Le dernier piéton
Il a la lanterne et le grelot imposés par de sévères ordonnances, mais combien molesté tout de même quand il se hasarde sur la voie publique où cet attardé gêne la circulation.

Le village roulant
Nous avions déjà la roulotte de famille et le house-boat circulant sur fleuves et canaux, nous allons avoir le village roulant, se déplaçant à volonté, ne gardant pas toujours la même exposition, ni la même vue agaçante, à la fin, et s'en allant en hivers dans le midi.

Cycles de famille
Pour déplacements et villégiatures. Je ne vais plus aux bains de mer autrement, c'est si commode.

Un tout petit inconvénient
N'allez surtout pas vous asseoir sur le fourneau à pétrole de votre automobile !

Petit automobile d'hiver
Pour gens frileux.

La dernière Amazone
Grande curiosité les jours où elle se montre aux Bois, se faufilant à travers les rangs pressés et railleurs des escadrons cyclistes, très entourés, très regardée, mais pas très admirée, la pauvre ! Quant à sa monture, par crainte d'accident, on la lui amène dans une caisse fermée, sur un automobile à vapeur.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Nouvelles Transformations militaires
L'infanterie, sur automobile de petite dimension, armée d'une carabine mitrailleuse sur affût. Ces guerriers montés sur des chars sont un retour à l'antiquité.

L'Artillerie
En bombardes automobiles blindées, est devenue d'une extrême mobilité sous son apparence massive.

La Cavalerie
Retour encore p lus marqué à l'antiquité. La cavalerie avec la cuirasse, le bouclier et la lance, combat par le choc et roule sur des chars armés d'un éperon.

Autre application de l'Automobilisme
Statue de grand homme national, non plus accaparée par une seule et unique cité, mais passant une semaine dans chaque ville ou bourg, à tour de rôle.

Moteur à vapeur
Le charbon aussi a quelques légers inconvénients.

Le dernier Mot du Progrès
Moteur de petite dimension à pétrole pour un demi-voyageur, permettant à celui-ci de faire sa petite cuisine.

FIN

lundi 5 mars 2018

Le Locomotionisme... Le Rire, en 1896

Dans ses récits d'anticipation, Albert Robida prophétise rapidement les progrès techniques de tous types, comme ceux de la locomotion en général.
En 1896, soit trois années avant qu'il n'illustre La Fin du Cheval de Giffard, on le surprend à s'amuser à dessiner Le Locomotionisme dans Le Rire n°111 du 19 décembre 1896 !

On pourrait se demander ce qu'est réellement ce locomotionisme si on ne connaissait pas Robida comme nous le pratiquons depuis déjà longtemps. Nul doute que les progrès de la locomotion en général, avec les chemins de fer qui ne cessent de s'améliorer et de réduire les temps pour rejoindre une ville à une autre, les progrès des vélocipèdes en tous genres, et bien sûr ceux des premières automobiles !
On peut s'imaginer que ces avancées à la pointe de la technique pour l'époque, sont suivies avec beaucoup d'intérêt par tous, et certainement relayés bruyamment par les médias de l'époque. En un mot ou plutôt en une phrase : "Tout le monde en parle !".

Alors, est-ce que cela énerve un peu Albert Robida ? Difficile de le dire. Il sait le progrès en marche, et inéluctable, alors on peut penser que comme à l'accoutumée, il suit cela en fin observateur amusé par tout ce remue-ménage !

Pour en revenir à ce numéro dans lequel il va sévir copieusement, il aborde le Locomotionisme ambiant, en long, en large, et en travers.
Si le beau visuel couleur de la couverture est loin d'être équivoque - car c'est du Robida pur jus - il passe en revue sur quatre pleines pages intérieures, à la fois la locomotion des origines jusqu'à notre époque moderne, et celle de demain, dans une grande débauche d'idées aussi imaginatives que drôles.

Le lecteur de l'époque devait s'en donner à cœur joie... et se tenir les côtes !

Quant au style du dessin, Robida reste fidèle à lui-même, et à ces types de dessins de presse. On regrette juste que la qualité de la gravure, de l'impression et du papier, ne soit pas forcément à la hauteur des illustrations. Mais, il est vrai que ce n'est qu'un journal... et sorti il y a 122 ans !

La composition des pages intérieures nous rappellent celle que Robida utilise dans La Caricature par exemple. Ce sont de multiples petits dessins commentés, parsemés sur une pleine page, voire deux ! Pour une question de clarté, j'ai isolé ici chaque dessin et ajouter en-dessous la légende.

Sans plus attendre, partons ensemble à la découverte de ce numéro :

LE LOCOMOTIONISME
(1ère partie : depuis les origines...)


Le moteur à voile
Economie, sécurité, propreté. Pas d'explosions possibles. Le pétrole, l'électricité, la vapeur ont leurs inconvénients, nous comptons à la prochaine course Paris-Marseille montrer triomphalement les avantages de notre moteur.

Le premier moteur
Voilà soixante mille ans que l'homme cherche ! Aux temps préhistoriques, les moyens de communication n'abondaient pas, chacun sait çà, l'homme a commencé par l'automobilisme le plus pur. On avait du jarret en ce temps-là !

Le char antique
Invention des fiacres. Ils allaient assez bien alors, mais, avec le temps, leur allure s'est ralentie. Les savants prétendent que l'antiquité a connu la bicyclette; on vient de découvrir à Pompéi, sur un fragment de muraille, un dessin griffonné qui ne laisse aucun doute. Mais les Barbares vinrent, et il fallut attendre une quinzaine de siècles pour réinventer la pédale.

Le Cheval et la première Amazone
Chose curieuse, en tant de siècles, ce genre de moteur n'a fait aucun progrès sérieux. On montait déjà à cheval au temps d'Homère, comme on le monte aujourd'hui.

Quatre boeufs attelés d'un pas tranquille et lent promenaient dans Paris le monarque indolent.
Voiture de gala mérovingienne. Sa majesté Chilpéric II passant sur le boulevard.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Voiture moyen âge - Omnibus de famille
Commencement de progrès, après les siècles de barbarie; mais les gens pressés devaient continuer à se servir de l'ancien moteur des temps préhistoriques.

Un carosse sous le Grand Roy
Lenteur majestueuse, grand air, suprême distinction de l'attelage, caisse de première grandeur, les gens du grand siècle aimaient leurs aises.

La Chaise à porteurs
Invention excellente et qui rendit de grands services. L'ennuyeux c'était quand les porteurs n'étaient pas d'accord sur le chemin à suivre.

Omnibus Louis XIV
Le grand Pascal lui-même invente le premier omnibus. Cela s'appelle le carrosse à cinq sous, mais les gens continuent à aller à pied.
La Vinaigrette
On essayait déjà de se passer de cheval, mais l'homme avait beau avoir très chaud, il ne pensait pas encore à la vapeur.

La Diligence - Messageries Laffitte et Caillard
Le progrès ! On ne mettait pas plus de huit jours pour aller à Bordeaux, si l'ont avait soin de pousser à la roue aux côtés à monter pour éviter les pertes de temps.
(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Le chemin de fer
Enfin voici le train-éclair ! Pour commencer, il ne met que 35 minutes de Paris à Asnières, mais il va se rattraper vite et dévorer vertigineusement des kilomètres.


Quelques aventureux essaient de la navigation aérienne qui a l'avantage de ne pas fatiguer l'administration des ponts et chaussées. Il n'y a pas de côtes ) monter et, cependant, on trouve bien es hauts et des bas dans ce genre de locomotion qui semble encore ne convenir qu'aux amateurs d'émotions fortes.

Le Traineau
Avec de la neige dessous et des loups derrière, cela va comme sur des roulettes. Sur le macadam ou même le pavé de bois, cela ne vaut pas le fiacre.

Moteurs exotiques
Usités seulement dans les pays du tropique, où le pétrole est rare et où la bicyclette des régions septentrionales s'acclimate difficilement.

A SUIVRE...
(partie n°2 - La locomotion d'aujourd'hui et de demain... par Albert Robida)

mercredi 14 février 2018

"Le mariage du diable" - Dessin à l'encre réhaussé à l'aquarelle sur papier

On nous annonce la belle vente d'un dessin original à l'encre réhaussé à l'aquarelle : "Le Mariage du Diable", par Albert Robida - Format 25 x 19.

La vente aura lieu le samedi 24 février 2018 à 9h30
à l'Hôtel des Ventes de Saint-Malo,
par Maître Stéphane Prenveille
14 A, rue de la Croix Desilles - 35400 Saint-Malo.

Le lot est visible sur le site d'Emeraude Enchères (lot 220) :


« Le Mariage du Diable », écrit et illustré par Albert Robida, est paru dans Le Rire du 20 avril 1912.


Le Mariage du Diable
 
Le diable, un jour, tomba éperdument amoureux d’une jeune fille blonde et charmante et il voulut l’épouser. Cela se passait il y a longtemps, à Eguisheim en Alsace.

Naturellement, Satan ne pouvait avoir fait connaissance de la demoiselle à l’église en lui offrant l’eau bénite. C’était ailleurs, en quelque sabbat, car elle était tout simplement la fille d’une sorcière.

— Se marier ! Quelle imprudence ! déclara tout l’enfer d’une seule voix.

En dépit des respectueuses remontrances de sa cour et des fâcheux pronostics de ses amis, Satan fit la demande officielle.

Ce fut un grand mariage. La noce se fit à minuit dans le vieux château abandonné. Il y avait tout le beau monde du sabbat, toute la cour infernale. Et quel festin ! Un gala, préparé par les cuisines de l’enfer, avec les grandes chaudières, les lèche-frites et les rôtissoires à damnés. Puis, loin des importuns, au fond des vieilles tours qu’il avait somptueusement meublées, Satan s’oublia dans les délices de la lune de miel et il négligea ses devoirs. Elle était charmante, la fille de la sorcière, sorcière elle-même, mais d’une espèce plus dangereuse. Quel sourire ! quels yeux, mais aussi quels sourcils autoritaires ! Satan aurait dû se méfier de la sirène. Perpétuellement occupé à jouer de la guitare à ses pieds ou à lui rimer des sonnets, Satan s’affadissait. Comprend-on un diable langoureux, un joli muguet cornu roucoulant en pâmoison devant sa belle ? La dame eut vite fait de rogner ce qui lui restait de griffes.

Si l’enfer périclitait, le monde aussi se mit à marcher de travers. Tous les désordres en quelques mois. Scandales et abominations en cataractes, tous les crimes débridés, un tas de vilaines choses. Le terrible gardien de la morale publique, si ponctuel à punir et réprimer, l’antique défenseur et vengeur de la vertu, Satan, fonctionnaire en grève, n’était plus là ! Et les employés de son administration, les sous-diables et vice-démons, abandonnés, fatigués d’attendre, lâchèrent tout et se précipitèrent à la recherche de nouvelles positions sociales. Ce n’était pas pour arranger les choses ; tout dégringola de mal en pis comme vous savez, et ces gaillards achevèrent de nous tarabuster l’existence…

Il y a juste quatre cents ans de cela. Satan est toujours dans sa ruine. Sa lune de miel dure-t-elle encore ? Je ne le pense pas, car les passants attardés dans les sentiers prétendent l’entendre souvent hurler et se disputer, ou même gémir lamentablement au fond des tours d’Eguisheim dont toutes les vieilles pierres frissonnent tandis que la lune roule des yeux effarés.

Merci à Fabrice Mundzik et à l'Amicale des Amateurs de Nids à Poussière pour ce texte.

Ce qui restait des Tours des trois châteaux d'Eguisheim vers 1900.