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lundi 15 décembre 2014

Le Salon de 1884... dans La Caricature #2

On reprend notre numéro spécial "Salon" du 17 mai 1884 de La Caricature, histoire de poursuivre la série des visions d'Albert Robida, qui concernent les œuvres présentées lors du "vrai salon", et celles légèrement adaptées pour les lecteurs de ce journal.

Restons sur la couverture, avec l'illustration de bas de page, légendée Antiquisme, qui n'est pas sans nous interpeller au plus profond de nos goûts artistiques classiques !
..et c'est Puvis de Chavannes, qui en fait les frais !


Antiquisme : Puvis de Chavannes - Sacré bois, trop cher pour les Muses et les Arts. - Tableau allégorique montrant les Arts et les Muses dans la débine (antiquité, bien avant l'avenue de Villiers). Pas moyen d'aller au café, pas le sous pour payer le charbonnier. On ramasse des fagots dans le parc Monceaux et l'on cueille des petites salades. Episode lamentable : deux Muses, au comble du désespoir, piquent une tête dans la pièce d'eau du parc.

Au début des années 1880, la ville de Lyon confie à Pierre Puvis de Chavannes la décoration de l'escalier monumental du Musée des Beaux-arts. Quatre compositions seront réalisées pour former un ensemble intitulé "Le Bois sacré cher aux arts et aux muses".
 

Présenté au salon, nous avons cette partie centrale. Elle représente, dans une atmosphère crépusculaire, le Bois sacré où les neufs muses méditent et s'entretiennent, dans un lieu intemporel et idéal de l'art. Sous le portique, se trouvent les trois figures de l'architecture, de la Sculpture et de la Peinture.

Albert Robida s'en prend forcément au classicisme exacerbé de l’œuvre avec une facilité déconcertante. On remarque que le format et la composition ont été scrupuleusement respectés !
Ces muses nous amusent !

A suivre...
car même si les pages intérieures de ce numéro ne sont pas en couleur, on continuera à apprécier les versions revues et corrigées de notre dessinateur préféré.

lundi 1 décembre 2014

Le Salon de 1884... dans La Caricature #1

Chaque année, dans La Caricature, Albert Robida prend un malin plaisir à "écorner" les œuvres présentées lors du "Salon" - Exposition des Beaux-arts, au Palais des Champs Elysées (ex. Palais de l'Industrie de l'Exposition universelle de 1855), à partir du 1er mai.

Rendez-vous en 1884, dans le numéro 229 du 17 mai, pour un tour d'horizon des œuvres présentées, revues et corrigées... et commentées, par notre dessinateur préféré !
Toujours drôles, ses interprétations s'inspirent soit de sa propre perception, forcément de ses goûts, bien sûr de la qualité perçue de l’œuvre, de la politique et de l'actualité, mais aussi en fonction de l'auteur, de sa notoriété plus ou moins justifiée, etc. Il y en aura pour tous les goûts, et chacun en prendra "pour son grade".

Bien sûr, le but premier de La Caricature est d'amuser son public, et il semble que cela fonctionne très bien !

Commençons avec la couverture, qui nous propose toujours des illustrations en couleur, évidemment plus "léchées" que celles des pages intérieures...

Le premier dessin s'intitule Modernisme et s'inspire du tableau de Jean Béraud : "A la salle Graffard" :



Meeting à la salle Graffard - Fête socialiste à Ménilmontant. - Grand concours de pipes et de têtes de pipes socialistes, impossibilistes et anarchistes. Exercices du petit Guignol politique. Concours d'essai pour le Conseil Municipal : Le citoyen qui présentera la plus belle tête de pipe culottée au service des immortels principes sera nommé conseillé municipal.

Ci-dessous, découvrons l’œuvre originale de Jean Béraud qui, avouons-le, est beaucoup moins amusante.


Jean Béraud (1849-1935) est un peintre académique français, auteur de vues parisiennes traitées sur un mode réaliste et anecdotique.
Anatole France commente ce tableau dans Le Jardin d'Epicure (1924) :
    Il y a une petite toile de Jean Béraud qui m'intéresse étrangement. C'est la salle Graffard; une réunion publique où l'on voit fumer les cerveaux avec les pipes et les lampes. La scène sans doute tourne au comique. Mais combien ce comique est profond et vrai! Combien il est mélancolique! Il y a dans cet étonnant tableau une figure qui me fait mieux comprendre à elle seule l'ouvrier socialiste que vingt volumes d'histoire et de doctrine, celle de ce petit homme chauve, tout en crâne, sans épaules, qui siège au bureau dans son cache-nez, un ouvrier d'art sans doute, et un homme à idées, maladif et sans instincts, l'ascète du prolétariat, le saint de l'atelier, chaste et fanatique comme les saints de l'Église, aux premiers âges. Certes, celui-là est un apôtre et on sent à le voir qu'une religion nouvelle est née dans le peuple.

A suivre...
sous peu, la seconde illustration... qui vaut son pesant... de cacahuètes... Saint Pierre Puvis De Chavannes... priez pour nous !