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jeudi 6 juin 2019

Le Colloque sur le Merveilleux-Scientifique... ...et Robida !

Quelques mots sur le colloque qui a eu lieu hier, à la BnF, 5 juin 2019, sur le Merveilleux-Scientifique.
Comme évoqué, plusieurs de nos membres étaient présents dans la salle, pour cette grand'messe 100% dédiée à cette belle thématique du Merveilleux-Scientifique.

Nous ne reviendrons pas en détail sur le contenu qui a été riche et passionnant, ni sur les intervenants sympathiques, passionnés et attachants. En revanche, on peut se demander ce qu'il en est de Robida dans tout cela, car même si on peut le considérer comme un précurseur dans ce domaine, il est souvent "un peu" écarté du Merveilleux-Scientifique, notamment par Maurice Renard qui, même s'il a quelques raisons pour s'octroyer la paternité du genre, il n'en demeure pas moins que beaucoup font, ou ont fait du Merveilleux-Scientifique, sans le savoir ou presque.

Mais rassurons-nous, même si la période consacrée était surtout les années 1900 à 1920, plusieurs intervenants ont rendu un bel hommage à notre auteur-dessinateur préféré, en tant que précurseur incontournable, et nous les en remerciant chaleureusement.

Nous tenons à féliciter et à remercier Fleur Hopkins, commissaire de l'exposition à la BnF sur le Merveilleux-Scientifique, pour la superbe organisation de cet événement, pour une journée bien remplie.

Ci-dessous quelques photos prises lors de ce colloque.

Fleur HOPKINS, commissaire de l'exposition,
Merveilleux-scientifique et métapsychie
Pascal Rousseau, professeur des universités et spécialiste des avant-gardes.

La pluralité des mondes du merveilleux-scientifique
Jean Luc Boutel (chercheur indépendant), à l’origine du site "Sur l’autre face du monde".

Visibilité du merveilleux-scientifique ? du feuilleton au livre (1850-1950)
Jean-Luc Buard, historien de la presse et du roman-feuilleton.

Rééditer les textes merveilleux-scientifiques
Marie-Caroline Dufayet (Ed. Les Orpailleurs), Fabrice MUNDZIK (irecteur des publications Bibliogs), Philippe ETHUIN (directeur des publications ArchéoSF).

L’esprit merveilleux-scientifique dans le cinéma muet.
Marc MADOURAUD  (chercheur indépendant), spécialiste en littérature populaire et notamment en science-fiction ancienne.

Les illustrateurs merveilleux-scientifiques
Guy COSTES (chercheur indépendant), collectionneur et rédacteur de la Bible Rétrofictions.

Table ronde : L’imaginaire merveilleux-scientifique en bandes dessinées
Serge Lehman (La Brigade chimérique, L’Œil de la nuit, L’Homme truqué), discute avec Amélie Sarn (Les Aventures fantastiques de Sacré-Cœur) et Alex Alice (Le Château des étoiles) de l’influence de l’imaginaire scientifique (Verne, Renard, La Hire, etc.) sur leurs bandes dessinées, entre métafiction et rétrofutur. Échange animé par Fleur Hopkins, commissaire de l’exposition, et Clément Hummel, spécialiste de Rosny aîné.

samedi 1 juin 2019

COLLOQUE LE MERVEILLEUX-SCIENTIFIQUE EN QUESTION 5 juin. 2019

C'est dans quelques jours seulement ! LE grand rendez-vous des amoureux du Merveilleux-Scientifique : les Savanturiers !!!


COLLOQUE LE MERVEILLEUX-SCIENTIFIQUE EN QUESTION
5 juin. 2019
BnF François-Mitterrand Salle 70 et petit auditorium

Pour accompagner l’exposition « Le merveilleux-scientifique. Une science-fiction à la française », la BnF accueille un colloque réunissant collectionneurs, écrivains et universitaires autour de la genèse et la filiation littéraires du merveilleux-scientifique. Il est suivi d’une soirée consacrée à la fortune visuelle du genre.

Alors, y aura-t-il du Robida ? Nous l'espérons !!! Si au regard de son immense production, l'anticipation ne représente qu'une petite partie de son œuvre, cette partie lui vaut tout de même une belle reconnaissances pour les passionnés de la thématique de ce colloque. Nous serons donc présent, et à l'affut !

PRÉSENTATION
Le colloque du 5 juin 2019 se compose de deux temps forts
  • de 9 h 30 à 17 h, en salle 70, il réunit collectionneurs, écrivains et universitaires autour de la genèse du modèle littéraire et de sa filiation à la plus tardive science-fiction ;
  • de 17 h à 19 h 40, en banque de salle et dans le petit auditorium, la soirée est consacrée à la fortune visuelle du genre et notamment à ses manifestations les plus contemporaines chez des auteurs de bandes dessinées à succès.
Cette journée offre l’occasion d’explorer une Atlantide littéraire qui n’a rien à envier à la science-fiction américaine.


PROGRAMME

9 h 30 – Ouverture du colloque
Par Jean-Marie COMPTE, directeur du département Littérature et Art.

CONTEXTE ET ÉPANOUISSEMENT DU MOUVEMENT MERVEILLEUX-SCIENTIFIQUE

9 h 40 – Introduction : théorie littéraire du genre merveilleux-scientifique
Par Fleur HOPKINS (Paris 1 Panthéon-Sorbonne / BnF)
Fleur Hopkins, commissaire de l’exposition, introduit le colloque en évoquant les textes théoriques qui ont présidé à la constitution du modèle littéraire du merveilleux-scientifique. Quelle généalogie, quels ancêtres et quelle étymologie donner au récit merveilleux-scientifique ?

10 h – Merveilleux-scientifique et métapsychie
Par Pascal ROUSSEAU (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) Pascal Rousseau, professeur des universités et spécialiste des avant-gardes, éclaire l’imaginaire merveilleux-scientifique renardien à l’aune des parasciences et de l’occultisme ambiant de la fin du XIXe siècle. Télépathie, quatrième dimension, photographie des auras et spiritisme intriguent les savants les plus réputés, de Camille Flammarion à Charles Richet, qui soutiennent qu’il y a là des « forces naturelles inconnues », non encore comprises.

10 h 30 – La pluralité des mondes du merveilleux-scientifique
Par Jean-Luc BOUTEL (chercheur indépendant) Jean Luc Boutel, à l’origine du site Sur l’autre face du monde, présente la diversité thématique du merveilleux-scientifique français. Il serait en effet absurde de croire de nos jours que la « science-fiction » débuta d’une manière assez tardive en France et que ce genre, pendant si longtemps décrié par une majorité bien-pensante, ne connut qu’un réveil pénible et tardif. En raison d’une histoire incertaine, parce que peu de spécialistes se sont penchés sur la question, elle fut considérée comme un genre mineur, aux formes floues et imprécises, le fait de quelques exemples anecdotiques qui n’eurent pas de grandes conséquences sur l’énorme production littéraire de notre pays.

PAYSAGE LITTÉRAIRE DU CORPUS MERVEILLEUX-SCIENTIFIQUE

11 h 20 – Un genre populaire ?
Par Daniel COMPERE (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
S’agissant du merveilleux-scientifique, se pose la question de son caractère populaire. Pour répondre, Daniel Compère, spécialiste de Jules Verne, s’appuiera sur une double généalogie : d’une part celle d’une littérature qui passe, du XVIIe au XIXe siècle, d’un merveilleux féérique à un merveilleux scientifique, d’autre part, celle de la naissance de publications populaires au XIXe siècle, c’est-à-dire destinées à un grand public (donc largement diffusées et peu coûteuses).

11 h 50 – Visibilité du merveilleux-scientifique ? du feuilleton au livre (1850-1950)
Par Jean-Luc BUARD (Université Paris 13)
Jean-Luc Buard, historien de la presse et du roman-feuilleton, s’interroge sur le degré de « visibilité », et donc d’invisibilité, du merveilleux-scientifique, selon les époques, et les critères permettant de le mesurer : c’est questionner sa mise en oubli périodique, sa discontinuité, voire son destin historique.

12 h 20 – Rééditer les textes merveilleux-scientifiques
Conversation entre Philippe ETHUIN (directeur de publication / ESPE Amiens) et Fabrice MUNDZIK (directeur de publication), les Orpailleurs (maison d’édition)
Philippe Éthuin, directeur des publications ArchéoSF, et Fabrice Mundzik, directeur des publications Bibliogs, discutent avec la collection « Les Orpailleurs » de la BnF, afin d’évoquer leur travail archéobibliographique et leur engagement dans l’exhumation de textes merveilleux-scientifiques méconnus. Comment réédite-t-on les œuvres merveilleuses-scientifiques aujourd’hui ? Échange animé par Fleur Hopkins. LES HÉRITIERS DU GENRE MERVEILLEUX-SCIENTIFIQUE

14 h 30 – Pastiches, adaptations et réécritures
Conversation entre Robert DARVEL (écrivain) et Jean-Guillaume LANUQUE (directeur de publication), animée par Jean-Luc RIVERA (chercheur indépendant)
Jean-Luc Rivera, organisateur des Rencontres de l’imaginaire de Sèvres, interroge Robert Darvel, écrivain, et Jean-Guillaume Lanuque, anthologiste chez Rivière Blanche, sur leur travail de redécouverte de l’imaginaire merveilleux-scientifique. Entre pastiches, réécritures et hommages, ces deux figures montrent que le merveilleux-scientifique a encore de beaux jours devant lui !

15 h – Le règne des Atmophytes. Merveilleux-scientifique et mythes avant-gardistes
Par Arnauld PIERRE (Université Paris Sorbonne-Paris IV)
Arnauld Pierre, professeur en histoire de l’art à Sorbonne Université, relit les mythologies avant-gardistes de l’homme-machine et de la « fille née sans mère » dans la perspective élargie de la culture populaire et du merveilleux-scientifique. Que doit l’art des avant-gardes à l’imaginaire du roman scientifique ?

15 h 30 – Messac, Spitz, Barjavel : héritiers et continuateurs du merveilleux-scientifique ?
Par Natacha VAS-DEYRES (Université Bordeaux Montaigne) Natacha Vas-Deyres, enseignante et chercheuse à l’université Bordeaux Montaigne, lauréate du Grand prix de l’imaginaire, s’interroge sur l’héritage du merveilleux-scientifique : Régis Messac, Jacques Spitz et René Barjavel sont-ils vraiment les continuateurs de l’anticipation définie par Maurice Renard ? Une même dynamique de création relie ces trois auteurs, créateurs d’une science-fiction ironique qui marque l’achèvement de la période glorieuse de l’anticipation progressiste à la française et semble être à l’origine d’une science-fiction plus moderne, spéculant sur l’échec et la destruction.

16 h – Naissance de la science-fiction française 
Échange entre Gérard KLEIN (écrivain et éditeur), Philippe CURVAL (écrivain), Guy COSTES (chercheur indépendant) et Joseph ALTAIRAC (chercheur indépendant), animé par Claire BAREL-MOISAN (CNRS-ENS Lyon) et Natacha VAS-DEYRES (Université Bordeaux Montaigne)
Gérard Klein, écrivain et éditeur, Philippe Curval, écrivain, Guy Costes et Joseph Altairac, férus encyclopédistes, discutent de la naissance de la science-fiction française. Quelle place donner au merveilleux-scientifique dans cette généalogie et en quoi Maurice Renard et ses pairs ont-ils favorisé le développement du roman scientifique en France ? Échange animé par Natacha Vas-Deyres, chercheuse en science-fiction, et Claire Barel-Moisan, directrice de l’ANR Anticipation.

16 h 40 – Clôture générale du colloque
Par Fleur HOPKINS (Paris 1 Panthéon-Sorbonne / BnF)

PROGRAMME DE LA SOIRÉE VISUELLE

17 h – Séance de signatures
Avec Amélie SARN, Alex ALICE et Serge LEHMAN (Borne d’accueil entre les deux salles)

18 h – L’esprit merveilleux-scientifique dans le cinéma muet
Par Marc MADOURAUD (chercheur indépendant) Marc Madouraud, spécialiste en littérature populaire et notamment en science-fiction ancienne, propose de revenir sur la fortune de l’imaginaire merveilleux-scientifique dans le cinéma des origines, de Georges Méliès à Jean Renoir, au travers d’extraits choisis d’œuvres survivantes.

18 h 30 – Les illustrateurs merveilleux-scientifiques
Par Guy COSTES (chercheur indépendant) Guy Costes, collectionneur et rédacteur de la Bible RétrofictionS, évoque les grands illustrateurs du merveilleux-scientifique, aussi bien dans les récits sous images (Nadal, G. Ri, Valvérane, S. Pania, etc.) que dans les feuilletons et romans (Starace, Atamian, Toussaint, Thiriet, etc.). Une occasion de se replonger dans la culture visuelle, riche et méconnue, du merveilleux-scientifique.

19 h – Table ronde : L’imaginaire merveilleux-scientifique en bandes dessinées
Conversation entre Serge LEHMAN (scénariste, critique et écrivain), Amélie SARN (autrice-scénariste) et Alex ALICE (scénariste et dessinateur), animée par Fleur HOPKINS (Paris 1 Panthéon-Sorbonne / BnF) et Clément Hummel (Université de Caen Normandie)

Serge Lehman (La Brigade chimérique, L’Œil de la nuit, L’Homme truqué), discute avec Amélie Sarn (Les Aventures fantastiques de Sacré-Cœur) et Alex Alice (Le Château des étoiles) de l’influence de l’imaginaire scientifique (Verne, Renard, La Hire, etc.) sur leurs bandes dessinées, entre métafiction et rétrofutur. Échange animé par Fleur Hopkins, commissaire de l’exposition, et Clément Hummel, spécialiste de Rosny aîné.

Accès : Bibliothèque François-Mitterrand – salle 70 et petit auditorium Entrée Est, face rue Emile Durkheim Paris 13

jeudi 9 mai 2019

Colloque « Les temps de l’anticipation » Lyon, 9-11 octobre 2019

A noter, du 9 au 11 octobre 2019, se tiendra à Lyon un colloque qui devrait passionner les amoureux du genre "Les temps de l'anticipation".
Pour le moment, difficile à dire si des membres de notre association y participeront, mais une chose est sûr, c'est que l'ombre d'Albert Robida y planera certainement.

Les temps de l’anticipation (1860-1940)
Colloque organisé par l’ANR Anticipation
9-11 octobre 2019 – Lyon

Les lecteurs contemporains ont l’habitude d’associer la littérature d’anticipation au principe d’une expérience originale du temps, qu’il s’agisse de projeter des personnages dans le futur, de dévoiler des sociétés imaginaires archaïques ou plus avancées que les nôtres, ou de dessiner l’avenir des progrès des sciences et des technologies. De fait, ces thèmes sont constamment mobilisés par les récits d’anticipation. Mais pour saisir véritablement les enjeux qu’ils soulèvent, il importe de recontextualiser le rapport au temps dans l’anticipation. Derrière l’apparente permanence des interrogations, les questions se posent assurément différemment dans la dynamique positiviste des années 1860, au tournant du siècle ou dans le contexte de l’entre-deux-guerres. La spécificité du rapport au temps construit dans l’anticipation est indissociable de son insertion dans la presse et la culture médiatique contemporaine. La temporalité de l’anticipation est en effet directement influencée par le temps médiatique et elle ne saurait se comprendre indépendamment de ses supports de diffusion.

Cette production romanesque s’inscrit par ailleurs dans le cadre plus large d’un changement de paradigme anthropologique, social et psychologique, caractéristique du régime moderne d’historicité (François Hartog) : abandonnant peu à peu une pensée circulaire du temps, on se met à envisager son déroulement comme une pure linéarité. L’eschatologie ancienne se voit reconfigurée en termes positivistes de progrès ou d’inéluctable déchéance de l’espèce humaine dans une perspective darwinienne. La tentation est alors de se projeter vers l’avenir (progrès, planification), d’élaborer des modèles prédictifs (météo, bourse, paris), bref, d’anticiper – les fictions portent l’empreinte de ce bouleversement.

Les titres mêmes des œuvres affichent souvent un tropisme vers l’avenir (Le Vingtième siècle d’Albert Robida ou L’Ève future de Villiers de l’Isle-Adam), que le futur soit proche (Colère sur Paris, roman de demain matin de Pierre Dominique) ou lointain (Les Ruines de Paris en 4875, d’Alfred Franklin). Même lorsque le décalage temporel ne s’actualise pas par un bouleversement complet de la représentation, mais se joue par exemple dans le secret du laboratoire avec l’invention de technologies nouvelles découpant un îlot de futur dans la trame ordinaire des jours, le récit d’anticipation présente une temporalité innovante qui amène le lecteur à réfléchir sur son présent : la projection vers l’avenir n’empêche pas un « présento-centrisme » (Saint-Gelais).

Du point de vue de l’histoire littéraire, cette perspective temporelle éclaire la vie des œuvres : dans quel contexte naissent-elles, dans quel processus prennent-elles place (réclame, diffusion, critique, légitimation, oubli), quel effet de traîne peuvent-elles avoir (rééditions, adaptations, percolation socio-médiatique, intertextualité, postérité) ? Le prisme de la temporalité permet également de prendre en compte les rythmes éditoriaux et médiatiques (feuilleton, sérialité). Les étapes de l’institutionnalisation de l’anticipation, l’évolution de ses appellations, des textes qui la théorisent, la succession des auteurs emblématiques, peuvent fournir des points d’entrée à cette réflexion.

Avec le recul du temps, le lecteur actuel est aussi amené à porter un autre regard sur ces textes, envisagés comme des « rétrofictions » (Costes et Altairac) dont le futur peut nous apparaître daté, davantage porteuses d’un imaginaire passé que d’un avenir encore envisageable. On pourra s’interroger sur les lectures contemporaines du récit d’anticipation, pour se demander en quoi nos représentations du futur ont évolué, et dans quelle mesure elles croisent aujourd’hui encore la lignée de l’anticipation (steampunk, rétrofuturisme…). Le fait que les récits d’anticipation du XIXe siècle et de la première moitié du XXe deviennent une matière réexploitable dans une esthétique « vintage » suggère que les paradigmes de temps liés à ces fictions ne sont plus ceux qui dominent aujourd’hui.

 Ce colloque étudiera ces différents enjeux dans les récits d’anticipation francophones de la période (1860-1940) ainsi que dans leur réception jusqu’à nos jours, en observant de quelle manière ils se déclinent selon les sous-genres, les publics visés et les modes de publication. L’ensemble de ces réflexions pourra prendre appui sur les analyses statistiques issues de la base de données de l’ANR Anticipation.

Dans un souci de prise en compte globale des phénomènes observés, on évitera les monographies.

SUITE

lundi 21 décembre 2015

Le XIXe siècle face au futur. Penser, représenter, rêver l’avenir au XIXe siècle

Colloque les 19, 20, 21 et 22 janvier 2016

à la Fondation Singer-Polignac

Le XIXe siècle face au futur. Penser, représenter, rêver l’avenir au XIXe siècle

INTRODUCTION :
On a souvent remarqué que le XIXe siècle a été le premier à se penser en tant que siècle, et le premier aussi à se désigner par un numéral. Une autre de ses caractéristiques, c’est qu’il ne s’est pas centré autour d’une qualification unique, comme a fini par le faire le siècle des Lumières, mais qu’il a, au contraire, multiplié les appellations censées le caractériser. Nombreuses sont les expressions sous la forme « le siècle de… », insistant sur une de ses déterminations jugées essentielles : le siècle de l’histoire, le siècle des révolutions, le siècle des inventaires (Thibaudet), le siècle des dictionnaires (Larousse), le siècle de l’abstraction (Fortoul), le siècle de la science, le siècle des inventions, le siècle de la vitesse, le siècle positif, le siècle romantique, le siècle de la blague (Goncourt), etc.

Deux précédents Congrès de notre Société ayant déjà entamé la réflexion d’ensemble, tant sur les représentations du XIXe siècle par lui-même que sur ses représentations au siècle suivant, notre prochain Congrès se propose de prolonger cette réflexion en abordant la question sous un angle complémentaire.

Parmi les formulations récurrentes qui viennent d’être rappelées, nous avons choisi cette fois de mettre l’accent sur le rapport privilégié du « siècle du progrès » à l’avenir et au futur, tout en engageant une réflexion plus large sur les rapports du siècle au temps historique, sur sa manière de se construire dans l’Histoire et de gérer les trois grandes dimensions de la temporalité (Passé, Présent, Futur). En partant de la temporalisation des notions, des concepts et des vécus qui se joue à l’aune du nouveau « régime d’historicité » (François Hartog), l’enquête pourrait se tourner de manière privilégiée vers la manière que le XIXe siècle a eue de penser, de représenter, d’imaginer à la fois le futur, lointain et décroché de toute temporalité, et ce futur plus concrètement pensable et en prise sur les débats contemporains qu’est l’avenir, de les construire et de se construire par rapport à eux, tout en pensant d’emblée son présent au futur antérieur, de manière de plus en plus marquée à mesure que le temps historique s’accélère.

Le XIXe siècle qui fut, côté Passé, le siècle de l’Histoire, le siècle des inventaires, un siècle « rétrospectif », fut, côté Futur, à la fois le siècle du progrès, le siècle de l’avenir et le siècle des utopies (et des dystopies), et, côté Présent, le siècle du journal, et donc aussi de l’accélération, d’une actualisation montante des pratiques et des vécus. C’est ainsi le présent lui-même, qui, du fait de l’accélération des communications et des découvertes scientifiques en rafale, se voit comme projeté vers un futur qui tend à se rapprocher de lui à grande vitesse. En conséquence, l’avenir s’impose à la pensée avec une urgence et une nécessité nouvelles. La temporalité telle qu’on la pense est alors la proie d’une sorte d’impérialisme du futur, en réponse aux siècles antérieurs qu’on pense alors marqués par leur révérence à l’immuable tradition. La question de l’avenir, auparavant plus lointaine, uniquement virtuelle, propice à de simples rêveries et utopies, se pose avec plus d’acuité : à ceux qui s’y inscrivent résolument, l’envisagent avec joie et cherchent à anticiper le futur par des visions utopiques, mais aussi à ceux que l’avenir comme le futur plus lointain effraient ou rebutent, ce qui les provoque au passéisme et à la résistance. Alors que les hommes de la fin des Lumières envisageaient la « Postérité » comme une sorte de jugement dernier laïque propre à réparer les erreurs du « despotisme » et à rétribuer les justes, mais qui demeurait lointain et incertain, le XIXe siècle vit l’avenir de manière à la fois plus intense et plus instante.

L’avenir et le futur deviennent ainsi cette dimension du temps historique que traitent avec prédilection les systèmes philosophiques. Philosophie des sciences, philosophie de l’histoire et des religions dialoguent et s’interpénètrent, comme en témoigne le parcours intellectuel de Renan. S'ouvre ainsi un champ propice aux représentations et aux imaginaires, qu'investissent également la littérature et les différents arts.

Mais l’avenir (en prise sur le présent) constitue d’abord et surtout le terrain privilégié d’affrontement des idéologies politiques, religieuses et sociales, le combat central se jouant, au moins depuis le XVIIIe siècle, autour de la notion de Progrès, notion à spectre large, qui impose une vision positivement orientée de l’avenir, qui dépasse le champ politique, puisque débouchant sur une « religion de l’avenir ». On cherche ainsi à répondre au passéisme traditionaliste des religions instituées, mais aussi à proposer une autre projection dans l’avenir qui ne soit pas de l’ordre de l’eschatologie. D’où l’affirmation de Larousse : « La foi à la loi du progrès est la vraie foi de notre âge. » Mais nombreux et actifs sont tout au long du siècle les adversaires de cette foi nouvelle. C’est pour et contre le Progrès que se joue le combat politique, mais aussi philosophique, des « progressistes » et des « réactionnaires » de tout acabit. Aux partisans de la « perfectibilité », menant la lutte au nom de l’étendard du Progrès, et qui prédisent des « lendemains qui chantent » selon des scénarios historico-politiques souvent rivaux, s’opposent alors tous ceux qui doutent, protestent ou ironisent face à une telle vision optimiste d’un avenir idéalisé.

Côté futur (plus lointain), on assiste alors à un développement des utopies, topographies imaginaires de la cité idéale (qui ont bientôt tendance à se transformer en dystopies), tandis que se cherchent aussi des genres littéraires nouveaux, tel le roman scientifique d’anticipation. Mais c’est souvent, là encore, en fonction d’une image du présent, et par des comparaisons ou antithèses facilement décryptables par rapport à lui, que se font ces voyages vers les lointains âges futurs.

Ainsi engagée, la réflexion permettrait aussi, en miroir, d’envisager le XIXe siècle depuis aujourd’hui, soit donc à partir de ce futur que nous étions pour lui, en le traitant à la fois comme un pan exemplaire de notre passé, et comme l’inventeur de visions de l’avenir qui ont continué de régir une bonne partie du XXe siècle. Que reste-t-il aujourd’hui de ce XIXe siècle penseur d’avenir et de futur, entre progrès et discours du déclin ? Quelles représentations semblent irrémédiablement datées, quelles théories, quels imaginaires sont encore vivants et parlent à notre début du XXIe siècle ?

Ce sont pas moins de 47 conférences sur cette passionnante thématique qui se suivront pendant ces quatre journées bien remplies, et bien sûr, plusieurs d'entre elles se rapportent de près ou de loin à l’œuvre d'Albert Robida.

Voici celles qui nous passionneront plus particulièrement :

Mardi 19 janvier
Session 3 (pm) : Les mœurs des temps futurs
Présidence Marta Caraion
Que mangerons-nous demain ? Alimentation, gastronomie et anticipation chez Albert Robida par Julia Csergo
Spécialiste d’histoire contemporaine, Julia Csergo est professeur à l’Université du Québec à Montréal. Ses ravaux portent sur la santé, les loisirs et le tourisme, les cultures et patrimoines alimentaires. Dernières publications: « Introduction aux Éloges de la cuisine française » de Edouard Nignon (1933), Menu-Fretin, 2014 ; «Mythologies du Palace : de la synthèse cosmopolite à la forme patrimoniale mondialisée. L’exemple du
Ritz-Carlton Montréal », in L. Jegouzeau (dir), Revue Droit et pratique du tourisme, n°1, 2015.

Albert Robida (1848-1926) a vécu le moment où s’épanouissent simultanément en France, le discours gastronomique et les innovations de la nouvelle industrie alimentaire qui se déploient autour de nouveaux savoirs scientifiques et technologiques, de nouveaux process et de nouveaux produits venus de nations dites « modernistes », l’Allemagne et les États-Unis. A partir d’un corpus d’écrits et d’images d’anticipation produits par l’auteur et caricaturiste, que nous situerons au regard des productions du discours gastronomique de l’époque et des positions des avant-gardes littéraires et esthétiques sur le sujet, nous démontrerons la façon dont l’alimentation est alors le lieu où se cristallisent l’optimisme positiviste de la foi dans le progrès, les peurs alimentaires qui constituent une des expressions de la hantise fin – de - siècle de la dégénérescence, la dénonciation politique des conditionnements culturels et normatifs nées de la mondialisation des pouvoirs financiers.


Véhicules de demain : les anticipations du Métro parisien et l’avenir de l’espace urbain à la fin du XIXe siècle par Caroline Grubbs
Caroline Grubbs a récemment soutenu une thèse qui porte sur la temporalité dans l’oeuvre d’Albert Robida sous la direction d'Andrea Goulet à l’University of Pennsylvania. Elle a présenté ses travaux dans des colloques consacrés à la littérature française du dix-neuvième siècle aux Etats-Unis et en France. Ses intérêts de recherche comprennent la culture fin-de-siècle, la littérature et les sciences, et le roman d’anticipation du dix-neuvième siècle.

Dans cette communication, nous proposons d’aborder la façon dont le dix-neuvième siècle a imaginé et a représenté l’avenir par le biais des anticipations scientifiques et littéraires du Métro de Paris. A travers une analyse comparative d’une sélection de projets de Métro (d’Edouard Mazet, de Jean Chrétien, de Jules Garnier et de Jean-Baptiste Berlier, entre autres) et de récits d’anticipation contemporains d’Albert Robida et de Jules Verne, nous explorerons la Métro-mania fin-de-siècle afin de mieux cerner les enjeux progressistes qu’elle véhicule et les peurs dystopiques qu’elle incite. Les systèmes envisagés dans ces textes nous offrent autant de futurs alternatifs, d’itinéraires qui auraient pu être suivis et qui auraient menés à d’autres terminus historiques, et ils nous invitent à repenser l’avenir du passé, tout en traçant de nouvelles correspondances entre fiction et urbanisme fin-de-siècle.

Mercredi 20 janvier
Session 5 (am) : Sciences de demain
"Le XXe Siècle, la vie électrique" L’électricité dans le roman d’anticipation scientifique. Jules Verne, Albert Robida, Nilo Mario Fabra par Daniel Perez

Dans les dernières décennies du XIXe siècle, les sociétés européennes ont assisté, stupéfiées, au développement des premières applications de l’électricité. La nature complexe de cette énergie, le mystère qui l’entourait et ses applications prometteuses ont stimulé la capacité de suggestion d’une société fin de siècle, fascinée par les possibilités illimitées de la science et la technique. Néanmoins, le fluide a également exprimé la dialectique de la modernité et ses contradictions. Des ouvrages tels que Paris au XXe siècle (1863) de Jules Verne et Le Vingtième
Siècle. La vie électrique (1890) d’Albert Robida, ainsi comme d’autres exemples de la littérature d’anticipation scientifique espagnole, comme les récits de Nilo Maria Fabra, révèlent des opinions partagées sur la perception de l’électricité, sur les possibilités qu’elle offrait, ainsi que des critiques à la domination excessive de la technologie, et qui montrent, enfin, comment la société de fin de siècle se pensait et se repensait elle-même et sa relation avec la science et la technique.


Vendredi 22 janvier
Session 13 (pm) : Utopies, Dystopies
Le siècle de la dystopie ? Propositions pour une histoire littéraire par Valérie Stiénon
Valérie Stiénon est maître de conférences à l’Université Paris 13. Ses recherches portent sur la culture littéraire et médiatique du XIX siècle, les formes et figures de la critique littéraire et les genres de l’anticipation à l’époque moderne. Elle a notamment coordonné (Bé)vues du futur. Les imaginaires visuels de la dystopie (Septentrion 2015, avec C. Dessy) et Utopies et mondes possibles (Textyles à paraître en 2015). Elle est
co-directrice de la revue COnTEXTES et membre du programme ANR « Anticipation » (ENS Lyon, 2014-2018).

Le XIXe siècle développe bon nombre de récits de communautés en danger, sur le déclin ou soumises à la destruction. Échos de l’actualité socioculturelle, ces récits sont aussi des fictions créatives. Ils occupent pourtant une place mineure dans l’histoire littéraire française et sont difficilement lisibles sous la désignation commune de dystopie. Pour rendre compte de leurs possibles cohérences discursives et poétiques à travers la diversité de leur inscription contextuelle, on réfléchira aux manières de combiner une approche narrative et une perspective plurimédiatique embrassant un large spectre de genres et de supports allant de la prose poétique eschatologique (Cousin de Grainville) aux récits de guerres futures (Danrit, Giffard), en passant par les éphémérides humoristiques dans la presse (Robida), les contes conjecturaux (Nodier, Allais) et le roman illustré (Souvestre, Henriot).

Plus d'informations et les détails sur les autres conférences :
http://www.singer-polignac.org/en/missions/sciences/colloques/1279-le-xixe-siecle-face-au-futur-penser-representer-rever-l-avenir-au-xixe-siecle