jeudi 18 avril 2013

Le remplacement des vingt-deux statues de charcutières à l'Exposition de 1878 (3)

Projet pour le remplacement des vingt-deux statues de charcutières
de la façade de l'exposition
par les vingt-deux statues des plus jolies actrices de Paris.

Suite des réponses de ces dames, parues dans La Vie Parisienne du 18 mai 1878,

avec le second courrier publié, celui de Marie-Gabrielle Krauss de Vienne (24 mars 1842 - 6 janvier 1906), célèbre tragédienne de l'Opéra de Paris qui, comme vous allez pouvoir le comprendre avec la lecture de ce courrier, n'a pas forcément un physique très facile !


Monsieur,

...Pas en Africaine, j'en ai par-dessus les épaules, c'est même cela qui me les hausse un peu. Voilà plus de six mois que je la chante deux ou trois fois par semaine ; si ça ennuie les abonnés, ça m'ennuie encore plus. Du reste, le jus de réglisse ne sied pas à mon genre de beauté ?

Vous me représentez toujours horrible dans votre journal. Je vous assure que je ne suis pas aussi laide que cela. Quand une femme a un talent aussi dramatique, il lui est impossible d'être laide. Ma figure Monsieur, a fait des fanatiques, je pourrais vous les citer.

Représentez-moi dans mon costume du troisième acte des Huguenots, en mariée ; au besoin, laissez-moi le voile qui me couvre à demi pendant mon duo avec Marcel, ou dans Don Juan, dans mon costume de velours noir, avec le masque, si vous y tenez absolument.

Quant aux bras, je suis intraitable. Je tiens essentiellement à ce que vous les reproduisiez complètement nus.

J'ai les plus beaux bras de l'Opéra, et pas des bras bêtes, des bras qui ont de l'accent, des bras qui sentent quelque chose.

J'ai toujours reculé devant la souffrance de faire enlever mes deux crocs de devant et de les remplacer par une demi-douzaine de jolies petites dents.


Mon ancienne camarade Fidès-Devriès (Mme Adler, 4, rue Meyerbeer) s'est mise, elle et son mari, toute à ma disposition. Représentez-moi avec des dents comme tout le monde. Je jugerai de l'effet.
Si cela me change en mieux, je n'hésiterai plus à me les faire enlever.

Quant aux jambes, ça m'est égal, je ne pose pas pour le pied.

J'ai l'honneur...
G. Krauss de Vienne

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