A quelques jours des primaires,
on est totalement dans l’ambiance politique et électorale. Dans son ouvrage Le
Vingtième Siècle, édité en 1883, Albert Robida prophétise, entre autres, la
politique de 1952… avec quelques petites différences certes, mais on reconnaît
les travers de ce « sport » universel et finalement intemporel. La nature humaine étant
ce qu’elle est, les discours et autres promesses du début du XX ou XXIe siècle ne
sont pas très différents de ceux de la fin du XIXe !
Je vous laisse profiter des
illustrations ci-dessous, et du texte extrait du Vingtième Siècle, où M. Ponto,
riche chevalier d’industrie, essaie de motiver sa nièce Hélène dont il est le tuteur, à trouver un
métier qui lui sied (après de nombreux et infructueux essais).
Et oui, dans les
années 50 imaginées par Robida, la femme travaille, vote et est éligible !
(on note qu’en France, les femmes n’ont eu le droit de vote qu’en 1944 !!).
M. Ponto propose alors à Hélène
la carrière de POLITICIER… spécialiste en Denrées Politiques, Sociales &
Parlementaires – Fournisseur de S.M. le Peuple Souverain.
Extrait : Le Vingtième
Siècle, p.144 et 145.
Après
tout, la carrière politique est une carrière comme une autre et c'est la plus
commode !
C'est
la plus belle conquête de 89, mon enfant !... Avant la grande Révolution, on
n'avait pas cette ressource et quand on manquait d'aptitude pour un art, une
science ou un métier quelconques, dame, on restait forcément Gros-Jean comme
devant!... Maintenant, cette bonne politique est là, qui tend les bras à ceux
qui ne pourraient réussir dans une autre carrière...
…Vous
ignorez sans doute que la plupart de nos grands hommes d'État ne se sont lancés
dans la politique qu'après avoir échoué dans autre chose... Sans cette bonne
carrière politique, ouverte à tous, tel homme d'Etat faisait un mauvais
pharmacien, un épicier médiocre ou un notaire manqué ; tel illustre orateur
pesait mélancoliquement du sucre toute sa vie, tel grand ministre devenait un
simple photographe de petite ville... Au lieu de s'obstiner dans la pharmacie,
au lieu de rester à végéter dans l'épicerie ou d'humilier le notariat, ils se
sont établis politiciers - on dit maintenant POLITICIER comme on dit Epicier, et
ils sont devenus
les
aigles que tout le monde admire, les illustres hommes d'Etat, les grands hommes
incontestés que les électeurs contemplent avec vénération, à qui les peuples
obéissent et auxquels les cités qui ont eu le bonheur de leur donner le jour
s'empressent d'élever des statues !
-
Des hommes d'Etat, soit ! dit Hélène, mais pas des femmes...
—
Comment? mais la carrière est ouverte aux femmes aussi ! La femme est
maintenant en possession de tous ses droits politiques, elle est électrice et
éligible ; demandez à Mme Ponto qui va se porter candidate dans notre
circonscription en concurrence avec moi, candidat du parti masculin ! La femme vote
et elle a déjà une vingtaine de représentantes à la Chambre, c'est peu encore,
j'en conviens; mais ce petit noyau grossira, le gouvernement commence même à
donner des postes officiels aux femmes... On s'est aperçu que là même où
échouait un préfet masculin,, une préfète pouvait réussir... La femme a plus de
finesse, plus de tact... avec elle les froissements qui se produisent
inévitablement dans les cercles administratifs sont moins à craindre... Vous
ferez peut-être une très bonne préfète !... »
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